Auteur(s) : Collectif
Collection : Sources Africaines
Texte arabe transcrit, traduit et commenté par
Silvia Neposteri
Préface
Philippe Beaujard
Une nouvelle histoire du continent africain est en train de s’écrire, à partir de l’étude des manuscrits rédigés sur place en arabe et dans les langues locales. Ces sources africaines de nos connaissances appellent la multiplication d’éditions critiques scientifiquement établies par des spécialistes : ainsi le lecteur peut-il disposer d’un matériau autochtone, souvent antérieur aux colonisations et à leur prisme parfois réducteur.
Forte de son expertise sur l’Afrique, l’Académie des sciences d’outre-mer, membre de l’Union académique internationale, a rejoint le programme de recherches « Fontes Historiae Africanae » créé par cette dernière. Elle lance, en 2019, avec l’aide des éditions spécialisées Geuthner, la collection sources africaines où la présente étude vient prendre place.
Le royaume antemoro naît vers la fin du xve siècle, à la suite de l’installation de musulmans d’origines variées dans la région Sud-Est de l’île, à l’embouchure du fleuve Matatàña. Ils se constituent en aristocratie et leurs descendants perpétuent leurs savoirs et leur pouvoir à l’aide de la tradition sorabe (litt. « grande écriture »). Écrite en caractères arabes et de langue malgache, cette tradition autochtone constitue une source unique, de valeur incommensurable, pour l’histoire et l’anthropologie de Madagascar. Encore vivante et impactante dans la société actuelle, elle garde et transmet l’histoire, les généalogies et les savoirs exotériques des élites antemoro. Cet ouvrage présente le manuscrit inédit HB6, appartenant au Fonds Berthier et conservé à l’Académie des Sciences d’Outre-Mer de Paris. Le texte, ici transcrit, translittéré et traduit, est analysé et comparé avec d’autres manuscrits arabico-malgaches. Le ms. HB6 relate en particulier l’histoire du clan antemoro anakara, qui détient des prérogatives religieuses spéciales.
Silvia Neposteri, anthropologue et historienne, est Docteur de recherche en Histoire de l’Afrique et de l’Asie à l’Università di Pavia et Docteur de recherche en Histoire, société et civilisations à l’INALCO de Paris. Depuis 2016, elle travaille dans l’OBNL Italia Solidale – Mondo Solidale Vo.S.Vi.M. où elle est directrice de la section Missions en Afrique, Asie et Amérique du Sud.
Auteur(s) : BEAUJARD Philippe
Collection : Sources Africaines
Une nouvelle histoire du continent africain est en train de s’écrire, à partir de l’étude des manuscrits rédigés sur place en arabe et dans les langues locales. Ces sources africaines de nos connaissances appellent la multiplication d’éditions critiques scientifiquement établies par des spécialistes : ainsi le lecteur peut-il disposer d’un matériau autochtone, souvent antérieur aux colonisations et à leur prisme parfois réducteur.
Forte de son expertise sur l’Afrique, l’Académie des sciences d’outre-mer, membre de l’Union académique internationale, a rejoint le programme de recherches « Fontes Historiae Africanae » créé par cette dernière. Elle lance, en 2019, avec l’aide des éditions spécialisées Geuthner, la collection sources africaines où la présente étude vient prendre place.
À la fin du XVe siècle, des musulmans d’origines diverses venus du nord-est de Madagascar s’installent à l’embouchure du fleuve Matatàña, dans le sud-est de l’île. Ils forment l’aristocratie d’un royaume dit antemoro qui se constitue au XVIe siècle. Cette aristocratie conserve jusqu’à nos jours des manuscrits écrits en caractères arabes adaptés à la langue malgache. Certains, à contenu historique, racontent des guerres ayant pour cadre le royaume antemoro aux XVIe, XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Cet ouvrage présente un manuscrit de l’Académie des sciences d’outre-mer de Paris (ms. HB2), qui figure en bonne place dans l’importante bibliothèque de recherche de cette Académie. Ce texte inédit est comparé à d’autres manuscrits. L’ensemble de ces écrits apporte un éclairage pénétrant et vivant sur la société antemoro ancienne. Leurs témoignages sont sans équivalent dans les sources concernant l’histoire de Madagascar.
Philippe Beaujard est ingénieur agronome, anthropologue et historien. Il est directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique, membre de l’Institut des mondes africains (IMAf). Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur Madagascar et a publié, en 2012 à Paris, Les Mondes de l’océan Indien, en deux volumes.
Auteur(s) : PAULHAN Jean
En publiant chez Paul Geuthner, en 1913, le premier recueil de hainteny en français, Paulhan aura rendu lisible une part de la culture malgache. Il a fait de l’Émyrne (le pays où l’on voit au loin), un domaine propre mais partageable, une enseigne lointaine mais qui « faisait signe ».
Destiné aux des savants, ce livre a essaimé chez les poètes, à qui il pose la question de l’effet de leur langage. Extrêmement poétique par ses traductions, et porteur de moments narratifs très purs, il est aussi traversé par une double inquiétude, puisque les paroles qui s’y lisent auraient pu être perdues, mais que leur recueil peut à son tour être compris comme une perte. L’antiquité des hainteny est la qualité qu’on leur reconnaît le plus volontiers. Elle coïncide avec le respect de la sagesse ancestrale. Contrairement au pantoum malais, ou au haiku japonais, le mot hainteny n’est pas aujourd’hui retenu dans les dictionnaires de langue française. Qu’est-ce qu’un hainteny ? Adage ou dicton, c’est en tout cas un proverbe populaire, initialement dans le genre érotique.
Si Paulhan a retenu la thèse du caractère populaire de ces textes, leur valeur érotique a été effacée des dictionnaires ultérieurs, parce que le genre a évolué, peut-être, mais aussi parce que l’autocensure des informateurs et des collecteurs a été influencée par les missionnaires. Paulhan a le sens de la progressivité du sens. Aussi « le découvrement d’une signification n’est pas une donnée immédiate de la conscience, mais le résultat d’une “expérience du proverbe”, qui sourd au fond de “l’observation du proverbe” , quand celle-ci a été épuisée. Il est un processus rythmé par le scrupule, et régulièrement scandé par des formules ».
Le travail malgache de Paulhan reste un travail critique, qui débouche sur la dénonciation de deux illusions, celle de l’explorateur et celle du traducteur. Tout cela au fond est déjà dans le mot même de hainteny, compris comme « mots-de-science » ou « science-du-langage ». Qu’un texte soit savant, utile, éventuellement poétique, qu’il touche son destinataire, que sa fluidité soit sécable en dialogues, voilà tout le programme de la réflexion et de la vie de Jean Paulhan.


Denfert-Rochereau ou Raspail



