Les quatorze essais de ce recueil font suite à Lire l’espace, comprendre l’architecture (2006),
Sémiotiser l’espace, décrypter architecture et archéologie (2015) et Lire l’espace, étendre le
domaine sémiotique (2021) afin de mettre en place les concepts et méthodes necessaires
pour rendre compte du sens dans l’espace mis en forme par l’architecture. Le déploiement
syntaxique y explicite les valeurs sémantiques investies dans les transformations dynamiques
et les configurations statiques observables.
«...à l’échelle de toute une carrière, comme à l’échelle des trois années écoulées, la méthode
repose sur un principe et une éthique de la recherche : le chantier est en permanence ouvert, le
travail en progrès, et la découverte, toujours provisoire, en attente de la suivante.
... cette méthode n’est pas sans rappeler certaines de ses propres analyses, consacrées à la
succession des divers établissements humains sur les mêmes sites : ce sont les chantiers de
fouille successifs qui mettent en lumière les phases de la découverte archéologique ; dans ses
programmes de recherche, ce sont les chantiers successifs d’exploration sémiotique qui procurent
cette accumulation de strates d’analyse. La comparaison n’est pas ici une figure rhétorique : elle
révèle le principe et l’éthique archéologiques (dans un sens proche de celui de Michel Foucault)
qui sont consubstantiels à sa méthode sémiotique.
...Manar Hammad circonscrit trois parcours dans l’exploration sémiotique des espaces humains :
1. le topos ou « partie discrète d’espace doté d’un rôle syntaxique dans l’interaction homme-
espace »; dans ce parcours, apparaissent déjà les conditions de la privatisation des espaces
et de la propriété du sol ; 2. « des échelons d’enchâssement plus extensifs que le topos », où
les variations d’échelles (maison, village, ville, territoire...) sont porteuses de significations
spécifiques et notamment des isotopies du politique, du religieux, du militaire et de l’économique ;
3. « les configurations spatiales complexes (déploiements de luminaires, sanctuaires, espaces
didactiques, couvents, prisons, hôpitaux) et les investissements modaux dans des objets
délégués par des hommes pour réguler, en leur absence, les interactions entre hommes ».
Jacques Fontanille
SOMMAIRE
Sémiotique de l’espace : faire le point en 2022
- Interpréter la formation des villages néolithiques
- De l’espace et des hommes : identité de groupe et traces de privatisation de l’espace et de la propriété à l’époque néolithique
- Des choses et des hommes : prémices de la propriété
- Des caches, des hommes et du sens, manières de faire
- Scellements à Tell Sabi Abyad, une perspective pour architecture et récipients
- Des configurations architecturales à espace central
- Dynamique des Madrasas dans les villes capitales Ayyubides & Mammluks
- Interpréter la morphologie de l’architecture ayyoubide
- Luminaires festifs arabo-byzantins. Déploiements investis de modalités
- Dimensions spatiales et sémantiques
- L’éclat et la splendeur font la valeur
- Entre architecture, sémiotique et physique, la force
- De la matière dans l’espace architectural, comparaison syntaxique
Né à Beyrouth en 1944, Manar HAMMAD suivit des études de mathématiques, d’architecture
et de sémiotique avant de s’engager dans la recherche et l’enseignement puis dans l’archéologie.
Il a travaillé quatorze ans sur Palmyre, où il a dirigé une mission archéologique (2009-2010).
Architecte DPLG et Docteur en sémiotique, il aborde l’architecture et la ville pour y chercher
un sens qui s’articule sur la forme géométrique et sur les valeurs sous-tendant l’action des
hommes. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages de sémiotique de l’espace, où les questions
de méthode sont explicitées en relation avec des cas concrets choisis en raison des caractères
structurels qui les articulent.